DESSOUS-DESSUS Habiter le sol de Saint Louis – Consolat Récit # 5

Mardi 20 février 2024

Nous voulions changer un peu de format pour cette nouvelle exploration et avions proposé un déjeuner à 12h dans la nouvelle auberge de jeunesse, le QG, chez Charlotte à La Cabucelle. Elle nous a reçus dans son jardin car le temps très ensoleillé s’y prêtait à merveille. Nous avons eu droit, cependant, à une belle visite du lieu. Nous n’étions pas très nombreux.ses : Charlotte bien sûr, Marc, Marion, Samanta, Agnès (qui vous raconte) et …Paco que nous avons amené de chez lui. Marc nous a régalé•es de petites choses trouvées à St Louis, se souvenir de l’adresse !

C’était une bonne entrée en matière. Puis en voiture, nous sommes allé•es retrouver Arlette, Melvil et Fadila qui nous attendaient au musée de la réparation navale au Cap Pinède.

Ouh la la, quelle erreur, nous nous sommes d’emblée fait reprendre ” il ne s’agit pas d’un musée, mais d’une exposition permanente” nous dit un grand Monsieur jovial en nous tendant sa carte de visite.

  • -Quoi, comment Monsieur Terrin, lui-même ?

-Eh oui, c’est mon arrière grand père qui a créé la société TERRIN, devenue SPAT (Société Provençale des Ateliers Terrin).

Nous sommes également attendu•es par ceux qui vont être nos guides, avec leurs airs de vrais marins.

Où l’on reconnaît Yves Juvin, un complice à Miramar.

Où l’on voit aussi un jeune garçon en formation de menuisier dans la marine. Ce qui nous donne l’opportunité de présenter Paco, notre nouvel ami de 90 ans. Car c’est aussi en partie grâce à la rencontre de ce menuisier sur les bateaux que nous nous retrouvons ici.

La rencontre pourrait se passer dehors, tant nous avons de choses à nous dire, l’atmosphère est à la bonne humeur.

Finalement, nous entrons, et là nos guides se transforment. Subitement, ils redeviennent ces travailleurs de force qu’ils ont été jusqu’en 1978, date à laquelle la SPAT a fermé ses portes, laissant près de 6000 ouvriers sur le carreau (lire récit #3).

Une quarantaine de ces hommes (nous sommes complètement immergé•es dans le masculin) décide de ne pas laisser péricliter leur outil de travail et fonde cette exposition sous l’égide de François Vidal, prêtre ouvrier de la Fraternité de St Louis.  Dans notre déambulation, nous passerons devant une sorte d’autel qui lui est dédié, en tant que fondateur.

En gros, nous arpenterons 3 salles plus ou moins bien délimitées où les thèmes déclinés sont aussi variés que les emplois, depuis le calfatage des temps anciens jusqu’à la fabrique des hélices les plus grandes du monde. A force de maquettes, de photos, d’explications nous finirons par visualiser la jumboïsation des ferrys, l’arrivée d’un navire dans une forme de radoub, les luttes ouvrières qui ont parsemé les parcours.

Yves Juvin nous installe au poste de conduite d’une grue, nous fait faire les gestes du grutier, raconte les accidents qu’il a eu à subir…

Et puis le clou : ils décident de faire fonctionner le moteur d’une grue unique en son genre, celle qui a permis de récupérer des caissons de pierres énormes, au port de la Lave, afin de construire la digue du large. Celle-là, ils ne la mettent pas en marche pour tout le monde, seulement s’ils sentent qu’il y a un intérêt de la part du public.

Nous, il y a longtemps que nous sommes écrasé•es par les hauteurs, les milliers de tonnes transbordés, les tailles des bâtiments. Tout se décrit par des chiffres astronomiques.

Mais subitement, voir ces rouages en fonctionnement où la bielle mesure 3 fois mon avant-bras (j’exagère, mais pas tant que ça), cela nous fait pousser des oh et des ah de bonheur, de surprise. “Encore, encore !!” Et hop, c’est reparti pour un nouveau tour de vilebrequin bien graissé.

Vous aurez compris que nous avons vécu un moment assez particulier et que nos guides aussi. Fait de joie mais également du souci de la bonne transmission, de la bonne compréhension. Même si, au moment des hélices, nous avons presque toutes un peu perdu pied. Marc et Paco avaient l’air d’être encore en état d’absorption.

Nous nous sommes quitté•es après moult mercis, aux revoirs et photos de groupe promises prises par un des leurs.

La question est d’ores et déjà posée : qu’adviendra t’il de ce lieu après eux ?

DESSOUS-DESSUS Habiter le sol de Saint Louis – Consolat Récit # 4

Une lettre mystérieuse, la grotte inondée, l’eau potable des bateaux, les femmes du sud et le séminaire squatté…

La lettre à indices

On s’est réuni comme d’hab, au bar Terminus, soleil et café, Charly nous accueille toujours avec le sourire.

Charlotte, habitante de la Calade, a reçu un petit cadeau, très soigneusement emballé, mode missive à indices : des photos et une lettre de son voisin Guy. Une autre aventure commence… On est toustes excité•s, on se prend un peu pour Columbo ! Elle nous lit la lettre…

En l’an 2000, Laure Giraud était peintre, elle habitait dans l’actuelle maison de Charlotte, et en période faste, expo et vente, elle accumulait des photos et des croquis de la Calade et ses alentours avec un but artistique. Très intéressée par mes souvenirs, elle m’a posé beaucoup de questions autour de l’hôpital Houphoüet-Boigny et du couvent des Frères Blancs, congrégation espagnole bien implantée à la Calade […]. Un soir que nous parlions des sources et des cours d’eau cachés dans le quartier, elle m’a indiqué sa visite à la grotte des Frères, au fond de l’impasse Bertrand, sous la maison de Mme Machado. Lors de sa visite chez Mme Machado, elle n’avait pas son bon Nikon. Je me souviens avoir promis à Laure de lui ramener des photos, mais peut-être que finalement j’ai simplement offert les négatifs à Laure avant Noël (moi avec mon petit Kodak je n’ai eu finalement que peu de problèmes, grâce à ma lampe de poche!).

J’ai laissé deux photos à Mme Machado

Extrait de la lettre de Guy à Charlotte

Mme Machado m’a raconté par bribes ses préoccupations à propos de cette crypte : visites nocturnes depuis son veuvage, disparition des objets liturgiques et ex-voto, certains très récents, jusqu’au début des années 90′. Elle était fière d’avoir sauvé le St Antoine de Padoue. La caverne a servi aussi d’abri, lors des bombardements de la libération de Marseille, en septembre 41′.

Les Frères de la Calade

Alors que Agnès et Samanta restent très motivées à trouver tout ce qui peut rester de sous-terrain et passages secrets dans le quartier, cette histoire est une magnifique invitation pour aller chercher la grotte! Et la lettre donne aussi d’autres infos… Guy nous informe que le bâtiment a été laissé vide après le départ des frères en Afrique dans les années 40 et 50) et qu’il avait ensuite été utilisé en tant que bâtiment municipal à divers usages sociaux jusqu’à sa fermeture autour de 2010.

Dans une de leurs balades d’explo, elles étaient justement allées à l’actuelle école des infirmières (ex hôpital Hophouët -Boigny) pour chercher des pistes sur l’histoire du grand bâtiment vide dit du Petit Séminaire, à côté de Campagne Lévêque. La dame du centre de documentation leur avait parlé du livre d’Etienne Calamai “Le Cap Janet”. Charlotte, décidément bien documentée, était venue ce jour là avec le même livre!

Effectivement, on trouve la partie manquante de l’histoire, qui fut pourtant notre point de départ : le Mouvement des Squatters.

Après la guerre, de 1946 à 1950, une dizaine de familles s’installèrent en squatters dans certaines pièces inoccupées, malgré les Frères qui ne voulaient pas les faire chasser par la force mais qui eurent beaucoup de mal à négocier leur départ“.

Nous avons ainsi la confirmation que c’est bien ce bâtiment qui complète le triangle des 3 squats, conjointement avec le château Consolat et la Villa Tornesi. Et c’est le seul encore debout… (lire récits précédents).

La maison des frères de la Calade, extrait du ivre d’Etienne Calamai

Puis on s’est mis en marche pour aller à la recherche de la grotte, guidés par Jean-Louis, natif de la Calade et aujourd’hui habitant du Cap Janet. La maison ne semble plus être habitée. Apparemment, l’entrée à la grotte est par là… On reviendra parler avec les voisins et poursuivre nos recherches aux archives.

Les femmes du sud

En marchant au quartier de la Calade, on a fait une étape dans l’association Femmes du Sud, un groupe de femmes motivées, actives à la calade depuis de nombreuses années pour s’entraider mais aussi sortir du quartier par des randonnées ou des sorties culturelles. Elles gèrent une friperie à très petits prix..

Nous avons toustes trouvé notre petit bonheur…

La balade a continué en direction de la Campagne Servaux, où nous attend l’une de nos rencontres de bord de trottoir! La descente est raide, c’est le chemin qu’empruntent chaque jour les collégiens pour se rendre au Collège Arthur Rimbaud.

La campagne Servaux

L’histoire est, encore aujourd’hui, très liée à la réparation navale. Paco Jimenez, habite là depuis longtemps, et est maintenant propriétaire d’une partie de cet ancien domaine très tôt devenu base arrière du port. Il nous raconte.

“Au départ Servaux faisait l’approvisionnement en eau potable des bateaux, puis, de la vaisselle, des transats (chiliennes). Tout tournait autour des besoins de la navigation. Il y avait aussi une corderie, avec une machine qui testait la tension des cordes. En 1984 la famille voulait me vendre le château, je n’avais pas assez d’argent, mais j’ai acheté la partie menuiserie. Je suis né à Melilla, en Espagne. J’avais 26 ans dans les années 60, quand je suis arrivé à Marseille, ils m’ont embauché tout suite comme manoeuvre. J’étais ébéniste de formation, et au bout de quelques mois le contremaître l’a vu et il m’a mis à travailler avec un architecte. Et c’est là, qu’a démarrée ma carrière. L’année suivante je suis allé chercher ma fiancée en Espagne, on s’est marié et on est revenu en France. Elle était couturière, au début c’était très dur pour elle, elle ne connaissait personne, elle parlait pas la langue, on disait, l’année prochaine on rentre en Espagne, puis les années sont passées, on a fait des connaissances, on a eu 3 enfants et on est resté.

On se promène dans la campagne Servaux.

Dans les années 80, un local qu’on appelait le Co2, remplissait les bouteilles de gaz pour différentes utilisations dans l’industrie. A côté il y avait une serrurerie industrielle. Juste en face, il y a eu un projet de supermarché, qui n’a pas eu les autorisations à cause des dimensions du pont ferroviaire, il fallait une entrée et une sortie. Dans le bâtiment contigü il y avait des douches, et des vestiaires pour les femmes qui travaillaient dans les cordes, elles étaient une trentaine. Et un peu plus haut un atelier mécanique de réparation navale.

L’ex Campagne Servaux accueille toujours des ateliers de réparation navale, ici un atelier de peinture d’Alstom

Paco continue son récit :

La menuiserie a été reprise par mon fils, André. Il avait fait des études de serrurier, je l’avais embauché comme serrurier, mais avec tout ce qu’il y avait à faire avec le bois, je l’ai formé et après il m’a remplacé. Mais il est décédé très jeune, à 52 ans, donc j’ai repris le travail à 65 ans jusqu’à 80 ans. La menuiserie comprenait un local de montage, un local de vernissage et un local pour les outillages. Quand j’ai arrêté, j’ai mis tout en location et maintenant il y a diverses activités, plutôt artisanales.

Nous n’avons pas complètement compris qui est à l’origine de la société Servaux, qui semble avoir été créée dans sa forme initiale sous forme coopérative en 1912 par des armateurs et dans un besoin initial militaire (Servaux veut dire “SERvice AUXiliaire de l’armement”. Un des premiers besoins semble avoir été l’eau! Et ce qui semble attesté c’est qu’à Campagne Servaux au départ on mettait de l’eau douce en bouteille pour les navires. Au fil du temps cette fonction de super fournisseur s’est diversifiée vers d’autres types de produits (le mobilier, la vaisselle, le matériel de sauvetage et de ravitaillement) et d’autres types de bateaux . Au détour des souvenirs c’est l’image du “transat” qui est à plusieurs reprises revenue. et ils ont fini par devenir fabriquants de bateaux. Ils ont construit aussi les 6 maisons à l’arrière de la campagne, pour les contremaîtres. On rencontre l’un des actuels habitants, dont les parents ont pu racheter la maison quand l’entreprise a vendu en morceaux la campagne. Aujourd’hui Servaux qui n’est bien sûr plus un coopérative mais une grosse entreprise, se présente comme le leader mondial des services maritimes (les services pouvant désigner des biens comme des prestations). Leurs gammes d’interventions sont extrêmement vastes, puisqu’on trouve toujours le métier de départ de répondre à tout besoin d’un bateau en navigation n’importe où dans le monde, et maintenant ça veut dire beaucoup beaucoup de choses, entre marine commerciale, militaire et depuis peu un positionnement très affirmé sur le yachting !

C’est ainsi qu’ils sont aussi devenus des “rentiers du littoral “en développant sur l’Estaque et Saumaty des services liés aux besoins de la plaisance. Achat, vente, location de bateaux , ils commercialisent également des places au port et des espaces d’hivernage. Nos paysages locaux ont ainsi évolué au fil de leur croissance, avec depuis 2007 la construction de plus de 60 000 m2 d’infrastructures portuaires entre Mourepiane et L’Estaque. Comme quoi le commerce de l’eau converse avec le commerce de la terre…

Mais retrouvons Paco et son histoire.

Après, j’ai perdu le marché des bateaux, il n’y avait plus besoin de cales, à cause des containers. Il a fallu que je me trouve une autre sortie économique. J’ai rencontré une personne qui était maçon qui m’a présenté un architecte. Il est devenu l’architecte des Grands Moulins Storione, propriétaire des boulangeries Banettes. Ensemble on a fait le mobilier de toutes les Banettes de Marseille !

On a presque fini la visite, mais Mlouka veut un tour de manège portuaire…

On finit en profitant joyeusement de l’hospitalité de Paco, merci Paco!

CAMINANDO SAINT-ANDRÉ

Des chemins et des voix du côté de Séon

En marchant à Saint-André on a trouvé des chemins d’écoliers et des sentiers buissonniers.

En marchant à Saint-André on a trouvé des passages, des recoins, des cours et des balcons, des jardins éparpillés et des fois un peu secrets, des terrains d’aventures et des aventures tout terrain.

En marchant à Saint-André on a écouté des voix d’ici qui racontaient le lointain, on a chanté des chants d’ailleurs juste là.

En marchant à Saint-André nos mille et un pieds se sont rassemblés en un mille pattes de quartier.

Saint-André, c’est l’un des quartiers de ce qu’on appelait Séon.

Un grand quartier bien vivant aux accents italiens, espagnols, kabyles ou sénégalais, et qui s’est retrouvé coupé en morceaux, entre autoroute, centre commercial, développement portuaire, ZAC et fermeture d’usines.

Un jour, des enfants se sont rendus compte que toutes leurs écoles s’appelaient Saint-André. 

Ils habitaient dans les immeubles de la Castellane, ils habitaient au village, ils habitaient en haut ou en bas, d’un côté ou de l’autre de l’autoroute et des rails.

Alors ils ont commencé à chercher ce chemin des écoliers qu’on a oublié. 

Alors ils ont commencé à inventer un chemin buissonnier.

Des adultes se sont mis à les suivre, cherchant dans leurs mémoires comment c’était avant, regardant avec des yeux d’enfant ce que c’est maintenant.

Les musiciens les ont rejoints pour écouter et partager des résonances.

Petits et grands se sont alors mis à suivre la voie des plantes et des chants, pour cueillir les souvenirs, cultiver le présent et planter des histoires à venir…

CHEMIN FAISANT

Rejoignons-les…

Marchons…

Chantons…

Jardinons …

ET RELIONS TOUS CES BOUTS DE QUARTIERS 

CAMINANDO SAINT-ANDRÉ !

Les Rendez-Vous

Mercredis 3 et 17 mai, 7 et 21 juin de 14h à 18h
La bibliothèque buissonnière

[Lectures de plein air, mini balades d’exploration du quartier, ateliers jardinage et arts
plastiques pour les petits et les grands, collectages d’archives du quartier…]

Venez nous rejoindre dans la cour de la bibliothèque de Saint-André pour part
ir en exploration dans le quartier, à la recherche des plantes, des histoires et des musiques de Saint-André. On trouvera comment les partager, en faisant des dessins, des herbiers, des jeux de piste, des jardins qui prendront place dans le quartier!

20 et 21 mai à l’Atelier sous le platane (Saint-André)
Cantando Saint-André

Avec Gil Aniorte, Sylvie Aniorte Paz, Nadia Tighidet et Jeanne Alcaraz.

[Transmissions de chants d’exil, festifs et de travail]

Le temps d’un weekend les musiciens de Barrio Chino viendront partager et transmettre un travail engagé depuis plusieurs années sur les chants issus de l’immigration espagnole (et pas que) et du travail des femmes. Accès libre sur inscription


21 juin
Caminando Saint-André : Fête chantante de quartier
[ateliers de rue, parcours chantant, concerts buissonniers]
Le 21 juin en après-midi et en soirée, on marchera et on chantera dans Saint André au cours d’un parcours musical dans les rues et divers lieux du quartier, pour aboutir à un concert de Barrio Chino et une soirée chantante à partager.
Avec également la fanfare des familles, les chanteurs de sonnettes et les habitants-musiciens de Séon…

Le 1000 pattes des enfants de Saint-André La Castellane #1

17 mars 2023

Partir à l’aventure, faire les détectives, vivre des histoires, le rêve de tout enfant…

Les enfants de l’école de St. André Barnier à La Castellane, sont partis à l’aventure à la recherche d’indices pour construire un jeu de pistes patrimonial reliant  les écoles de Saint André (Barnier, La Castellane, Condorcet). 

Si elles nomment toutes dans leur nom ce lien à Saint-André, il est aujourd’hui plus difficile à appréhender, et les enfants sont invités à devenir les explorateurs de cette portion du territoire qui composa un Saint-André plus vaste, entre la Castellane, Verduron, la Bricarde jusqu’au noyau-villageois.

Nous avons commencé l’exploration au Parc de la Jougarelle avec un bref récit sur l’histoire du château de La Castellane, qui existait avant la construction des immeubles, puis nous sommes allés faire un repérage des plantes et arbres qui existent autour du parc, des oliviers, des palmiers, des platanes et des margousiers. Une plante « La Diplotaxis » (aussi nommée fausse roquette ou fausse moutarde) a été couronnée principale protagoniste de la journée… Elle nous a par exemple appris quelque chose d’important qui reviendra tout au long de la balade : on peut avoir plusieurs noms, on peut avoir plusieurs histoires, on n’est pas forcément obligé d’en choisir une seule.

On peut par exemple se sentir à la fois habitant de la Castellane, de St André et de Marseille.

Et Saint-André peut se sentir à la fois italien, espagnol, Kabyle, provençal et marseillais…

Se repérer là où on habite, regarder au loin, comprendre comme le quartier de St. André s’est construit, ses limites instables, et ce qui sépare le haut (La Castellane) du bas (noyaux villageois de St. André) : l’autoroute, les voies ferrées.

Pendant que le groupe des CE1 part à la découverte des traces d’une branche du canal de Marseille et du rôle de l’eau dans le quartier tout en retrouvant  ainsi le chemin des écoliers qui relie l’école Saint-André La Castellane à l’ancienne école d’avant le cité, située dans le quartier de Verduron, les CP trouvent les indices du passé à la fois agricole et industriel. 

Les vestiges d’une branche du canal et de son système d’irrigation en direction des champs horticoles qui se trouvaient sur une partie de l’actuelle Castellane

Le grand champ en face de La Castellane et devant La Bricarde, témoigne d’un passé industriel avec des murs construits des pierres et des tuiles, témoignant de l’histoire de l’argile et des anciennes tuileries du secteur. Mais aussi d’une histoire agricole, et on comprends comment à l’image d’un escalier faire des terrasses permet de grimper la colline mais aussi de la cultiver ! 

Nous avons fait des récoltes botaniques : asperges, euphorbes (attention c’est du poison !), mauves, jacinthes sauvages, muscaris, faux petit-pois, pissenlits, plantains, calendules, et encore de la diplotaxis.

On s’est ensuite retrouvé et avant regardé les grosses maisons. Certaines ressemblent plus à des fermes, d’autres à des châteaux. On a maintenant plein de questions à poser à Denis, un habitant qui se rappelle bien de comment c’était quand il avait l’âge des enfants, et qui est d’accord pour venir nous raconter !

Puis, on s’est posé pour pique-niquer dans un terrain super comme terrain d’aventures. Les enfants en ont profité pour faire de l’exploration des lieux et dessiner les indices et les histoires collectées avec du charbon des arbres, brulés par un incendie de la colline l’été dernier, et des fleurs tinctoriales sur le grand carnet de voyage qui préparé par Elsa de l’association Momkin.

Après le grand rond-point et un pas très agréable passage sous l’autoroute et les voies ferrés on arrive à des bâtiments beaucoup plus anciens (on se pose alors la question de quelle est la différence entre « sale » et « anciens »). On voit bien là comment La Castellane est coupée de Saint-André́ par le tracé de l’autoroute et des axes de circulations denses, qui enclavent la cité et rendent les déplacements pédestres difficiles.

Le Rond Point du Docteur Maria comme une île entourées de voitures-requins…

Nous sommes arrivés au noyau de St. André.

La placette de la traverse Picaron est une bonne halte pour aussi observer le contraste entre l’enchevêtrement de ruelles et de maisons qui évoque plus le terroir que l’industrie, et des industries spécialisés dans le numérique comme Digitech ou Digimood, installées dans la ZAC Saumaty Séon.

Nous avons longé le petit ruisseau du Pradel, à côté de l’Epad, ce qui nous confirme que le Boulevard Barnier, c’est bien aussi le Pradel. Une route ça peut être aussi une rivière…

Le nom de la pharmacie bld Henri Barnier qui rappelle le ruisseau sous nos pieds…

A l’entrée de l’école Saint-André Condorcet un beau tableau mural cartographie le quartier permet de bien visualiser notre balade ; puis nous avons tenté la chance avec la clef trouvée par un enfant explorateur d’avoir accès à un beau jardin que nous a montré Jeanne…

Humm ça n’a pas marché mais ça nous a donné des idées !!… 

Diplotaxis, Diplotaxis, Diplotaxis,

Quand on aura retrouvé la clef On pourra rentrer !  

 Enfin, une pause à l’atelier sous le Platane avec Jeanne, pour reprendre forces et chanter tous ensemble !

Oh c’est l’eau, c’est l’eau, c’est l’eau, c’est l’eau qui m’attire…

Le 1000 Pattes à Saint André#4


RÉCIT DE LA BALADE EXPLO #4 – 23 FÉVRIER 2023 (par Claire et Emmanuelle – Photos de Jeanne et Julie)

Notre objectif du jour, c’était d’arriver jusqu’à la mer autant qu’on peut y arriver. Et on y est arrivés mais on a mis du temps à descendre, parce qu’en route on a remonté le temps avec Daniel Quero.

De chez Jeanne rue Condorcet, on est partis à la recherche de la tuilerie Martin, en se posant comme d’habitude plein de questions en route. Comme sur cette « Ecole des sœurs » au 11 boulevard Jean Labro (ancien boulevard Martin), aujourd’hui Centre de ressources et d’information municipal de St André, où « Hôtel du Nord » a d’ailleurs un bureau. Qui étaient ces sœurs et quel était leur rôle dans le quartier ?

C’est là qu’Emmanuelle Di Nola a appelé son ex beau-père Daniel Quero, qui contrairement au reste de sa famille n’a jamais travaillé à la tuilerie Martin (il a préféré le raffinage chez Total) mais a toujours vécu boulevard Grawitz dans ce « quartier d’usine », comme il le nomme, et y vit encore. Daniel nous a donc rejoint avec son trousseau de clés : celles de chez lui et celles d’autres logements attenants inoccupés dont il est propriétaire ou a la gestion. Les sœurs il s’en souvient bien : c’étaient des sœurs infirmières. Elles étaient au moins 300 à habiter près de l’école, nous dit-il : quand on est dans la « Traverse des trois sœurs », on est donc littéralement loin du compte !

Les sœurs géraient aussi la crèche boulevard Grawitz, où Daniel a galopé. Aujourd’hui le bâtiment est muré mais doit être réhabilité pour y faire des logements. Ils côtoieront ceux de l’immeuble neuf presque fini à côté, qui donne lui-même sur les jardins familiaux heureusement préservés. Muré aussi un passage qui reliait l’école à l’arrière de la crèche, car au fur et à mesure que le clergé a vendu ses terrains par morceaux, les continuités de passage ont été supprimées. Les dernières sœurs sont parties en 1965 et le lieu connut comme dernier usage celui de dojo pour le judo.

Entre crèche, patronage, Dojo, l’ancien bâtiment religieux a finalement pu être protégé et attend tranquillement sa restauration
Julie et Daniel découvrant une étrange version rocaille de l’immaculée conception

En face, aux 63, 65 et 67 boulevard Grawitz, Daniel nous fait visiter là où lui et sa famille ont grandi et habité au fil des ans. 

Deux pièces achetées 5 000 francs de l’époque pour les parents et leurs cinq enfants, mais heureusement une grande cour commune à plusieurs maisons pour se dégourdir les jambes, dite « cour des miracles ». Recommandé par un patron des mines de Carthagène, son père espagnol était arrivé en France en 1914 avec frère et mère alors qu’il avait 17 ans, sur un bateau affrété par l’industriel, pour travailler à la société minière Peñarroya de l’Estaque. Sa mère, espagnole elle aussi, avait débarqué d’Oran à 9 ans. Leur mariage sera un mariage arrangé par les grands-mères, nous dit Daniel.

Antoine et Joséphine Quero

Aujourd’hui certaines des cours ont-elles aussi été murées et séparées au fil des ventes. Daniel habite toujours au 67, seul depuis le décès de sa femme Berthe Quero qui fut notamment présidente du CIQ St Henri et de l’association « Femmes de Séon ». 

La cour Granon plus connue pour ceux et celles qui y ont joué comme Cour des Miracles

En reprenant la descente à la recherche cette fois des traces de la famille également espagnole de Jeanne, on toque à la porte du 73, la « Maison Granon » où la propriétaire cultivait les semis dans la serre de la cour et faisait pousser les champignons dans la cave.

Nous atteignons la rue Louis Lanata puis faisons une petite pause sympathique chez Emmanuelle, au rez-de-chaussée de cette ancienne maison de pêcheurs joliment réaménagée. Enfin il est temps de finir nos crêpes pour nous remettre en marche une dernière fois afin d’essayer d’atteindre notre objectif avant la nuit…

En bas de la maison habitaient les ânes, qui tiraient les filets de pêches de la côte toute proche

En suivant la traverse Martin qu’on appellait aussi la traverse « va à la mer » nous n’arriverons pas jusqu’à la mer puisqu’avec la construction du port on ne peut plus y arriver, mais nous atteindrons les « poteaux » : comprenez les deux colonnes d’entrée de l’ancienne tuilerie Martin qui trônent encore (pas très fièrement) sur le « Rond-Point France Indochine » (nous dit Google). Le voyage est donc loin d’être fini ! Reste à essayer deviner dans quel pays nous nous rendrons la prochaine fois, mais nous n’en savons rien car on le découvrira chemin faisant, comme d’habitude.

La plage, l’usine, le chemin du Littoral…

Le 1000 Pattes à Saint André#3


Ce 23 janvier, on n’a pas suivi le « plan » prévu pour cette exploration parce que Denis Pellicio était là et qu’on a décidé d’en profiter!

Le point central de l’histoire que nous a contée Denis ce jour-là, c’est la Chapelle des Annonces, au coin de la rue Condorcet et de la traverse Picaron, qui marque une limite au nord entre Saint André et Saint Henri (si on regarde sur Google la limite est toujours là et la chapelle se trouve techniquement dans le quartier St Henri). 

Aujourd’hui la chapelle est dissimulée derrière un mur mais on en voit pointer la partie haute ainsi que l’emplacement des trois médaillons symboles de la « paroisse » créée par Benjamin Pellicio l’arrière-grand-père de Denis.

Ces médaillons ont été enlevés par un aïeul de Denis alors que Benjamin leur avait bien dit de ne pas toucher à ce bâtiment. L’aïeul en question est mort le lendemain de l’enlèvement des médaillons, nous dit Denis, « alors… »

Le terrain autour de la chapelle (les limites exactes nous restent incertaines) était un ancien chais (Picaron, qui était donc le nom du vin local mais on comprendra l’origine plus tard). Il est acheté par Benjamin Pellicio, enfant italien né en 1861, abandonné devant une église dans son pays, élevé par des religieux mais en conflit avec l’église et qui a émigré en France pour travailler (on est en plein dans la période de développement du port et de l’industrie). 

Dans ce domaine baptisé « Picaron », il accueille ses compatriotes sur une période de un mois, le temps pour eux de trouver du travail. Il permet à ceux qui réussissent de construire leur maison sur son terrain, leur octroyant un bail de 30 ou 50 ans . Il s’autoproclame prêtre, fait des baptêmes civils, crée une sorte de paroisse privée, avec une charte. 

Tout le monde l’appelle le « grand-père », c’est une figure, un patriarche, probablement autoritaire. 

Son fils, le vrai « grand-père » de Denis, sera d’ailleurs écrasé par cette personnalité et sa vie n’aura rien de glorieux – on n’en parle d’ailleurs pas trop dans la famille, mais on voit là sa photo.

Au bout de la traverse Picaron, après un enchevêtrement de ruelles et de maisons qui évoque plus le terroir que l’industrie, on atterrit brusquement sur la zone franche, assez symbolique du non-sens urbain de la ZAC Saumaty Séon qui a échoué à se tisser avec l’existant mais a plutôt agit en tabula rasa (il est vraiment très difficile aujourd’hui de se repérer dans l’épaisseur historique des paysages de St André qui ont été particulièrement modifiés les 30 dernières années). 

En chemin on peut voir au bout de la rue Antonin Croussillat à gauche un ancien puits qui là encore raconte l’aïeul Pellicio et sa manière à la fois d’accueillir dans une version familiale élargie et de peu à peu régir le quartier (les maisons adjacentes lui appartenaient, il y logea de multiples compatriotes plus ou moins « en galère »).

Les bureaux de Digital Realty (ex. « Interxion ») ont remplacé l’ancienne tuilerie où travaillaient italiens et espagnols, puis arméniens et kabyles, mais aussi dans la dernière période de nombreux sénégalais, apparemment spécialistes du jonglage de tuiles, qu’ils savaient charger par paquets dans les camions en se les lançant et sans les casser… 

Les bureaux de « Digitech » spécialiste de la «dématérialisation » des activités ont quant à eux remplacé d’anciens jardins familiaux alors endroit de la matérialisation de relations et d’échanges entre les habitants du bidonville de Grand camp et les habitants de cette partie nord du village. 

Pour la balade c’est vraiment une expérience – on pourrait même dire un choc – de passer de l’histoire de Picaron (dont le nom viendrait de « pique en rond », une des étapes de la transformation de l’argile en tuile)  à celle de la ZAC/Zone franche, aussi bien du point de vue visuel que du point de vue du récit. Et l’arrivée dans les échanges de la question très contemporaine et encore assez méconnue de l’enjeu central que prennent les datacenters dans l’espace portuaire rajoute à la bizarrerie du moment.

On a aussi parlé des établissements NERVO, boulevard Henri Michel (ouest rue Condorcet). C’est une famille qui démarre dans les transports puis développe ses activités dans la gestion des déchets, l’assainissement et la propreté sur tout le territoire de Séon : on se demande si vraiment en plus des data centers au port on voudrait tirer le fil du sujet de la gestion opaque des déchets dans les Bouches-du-Rhône… ça risque de nous entraîner assez loin… 

En parlant de Nervo, Denis nous raconte qu’un membre de la famille Pelliccio qui était cantonnier et excessivement timide combattait cette timidité en racontant une blague à chaque personne avec laquelle il trouvait à discuter durant son travail.

On a alors imaginé qu’on pourrait construire une saynète où Denis jouerait le rôle de Benjamin Pellicio vers là où on s’était arrêté en début de séance. On le voit bien commencer à remonter la traverse Picaron et le croiser en costume d’époque, comme on a croisé ces autres jeunes gens d’aujourd’hui en costume 1900 à notre passage entre Picaron et la zone franche, une sorte de rétro projection… De là pourrait s’engager une conversation sur la place de ces « passeurs” que furent l’arrière grand-père mais sans doute aussi des organisations comme la société chorale, dont la plaque trône dans le garage de Momo le mécanicien du village.

A ce moment là de la discussion on était aux Tonnelles, qui devient peu à peu notre QG. Et alors panne d’électricité ! 

Ça va durer plusieurs heures, on apprendra plus tard que Jeanne et Willy ont chanté aux bougies ce soir là. Sans doute que la panne est liée tout à fait à autre chose mais au fil de la journée la présence des data centers et les choix qu’ils portent derrière leurs murailles épaisses devenaient un peu plus perceptibles…

Le 1000 Pattes à Saint André#2

En novembre, le 1000 Pattes a continué l’exploration de Saint André, du restaurant Les Tonnelles, rue condorcet, à la bibliothèque, en passant par le cimetière et quelques impasses :

Petit jeu introductif en fond d’impasse

3 histoires à repérer dans l’image :

– La mémoire des tuiles et de l’argile, dont l’on fait parfois les toits et parfois les murs.

Cette histoire nous permet de nous rappeler que si les tuiles sont devenues des maisons, les fours des anciennes tuileries sont parfois devenus des refuges pour ceux et celles qui n’en ont pas (de maisons)

– La présence de l’eau dans ses formes de subsistance que permet le puit.

Cette histoire nous permet de nous rappeler que Marseille avant le canal vivait de ses deux fleuves (Caravelle-Aygalades/Huveaune-Jarret) et d’environ 11 000 puits.

– La vie d’une silhouette, qui décide par un beau mercredi de novembre de croire qu’en partant marcher, en observant les détails, en se laissant porter et déporter par les rencontres, du vivant va sortir de l’ombre.

Cette histoire nous permet de nous rappeler tout ce que nos balades ont accueilli et laissé pousser de la vie, dans les failles et les pentes.

 On se dit que nos ombres vont marcher au soleil et à la recherche de ce qui « sonne ».

Le son des lieux,

 le son de ceux qui ont vécu, 

le son de celles qui habitent,

 le son de ce qui pourrait résonner et s’enchanter.

ÉCOUTES

Les Tonnelles sonnent comme un grand banquet. On tend l’oreille et on entend les voix de Jocelyne et de Sandra. 

On ouvre les yeux et on voit les instruments au mur, ceux qui sont là et la trace de ceux qui ne sont plus. On espère découvrir quels chants portent ces murs.

L’école sonne comme une promesse non tenue (le bourdon de la République?) mais aussi comme une battle, quand Hamid nous apprend qu’au judo de son enfance  les enfants « français «  pratiquaient l’entraînement à un horaire différent des enfants maghrébins.

Seules les compétitions les mettaient en corps-accords….

L’oiseau en cage sonne comme un puit qui a perdu son eau.

On aime l’écouter, on aime le regarder, on aimerait entendre la voix de l’eau, le chant du puit, le flux de l’oiseau.

La vitrine sonne comme une rencontre. Bruit d’une porte qu’on ouvre et qu’on ferme, de la caisse enregistreuse de l’enfance, d’un masque mexicain qui chante, d’un alphabet incertain qui rend poète…

Ça faisait si longtemps qu’on avait envie d’appuyer sur cette sonnette!

Le garage sonne comme une chorale italienne clameuse dont peut-être s’inspire Momo quand il repeint les voitures. On comprend qu’il va falloir dire bientôt au revoir à cette mémoire bâtie là et que ça serait beau de le faire en chantant.

Le mur sonne comme les sabots de Bijou. Pataclop pataclop, On regarde la fissure et on entend la charrette. Pataclop pataclop, Bijou ramasse les tinettes.

La dent creuse sonne comme un jardin possible, corridor pour les humains et les non humains

Le cimetière sonne comme une polyphonie méditerranéenne. 

La voix de Berthe Quero s’élève dans un chant qui ressemble à un cri “Femmes de Séon, femmes de Séon, chantez, prenez la place que l’on vous doit ».

“Rien ne meurt, tout est vivant , tu restes avec nous dans la chaine de l’union” chantonne le gecko.

Le voisin de tombe reprend le chant, la guitare gitane saute d’une croix à l’autre.

La rue d’Ensues sonne comme une calebasse. Les poules profitent de la confusion urbaine pour gratter la terre non bitumée.

L’eau murmure pas loin, chacun le sait mais a un peu perdu le chemin…

A suivre…

Les bonnes feuilles de la rentrée…

Pas mal d’articles et de contributions médiatiques que nous n’avons pas partagé au printemps et cet été, on se rattrape…

Une belle rencontre avec TAZ, quotidien allemand (le “Libé” germanique nous dit Sabine la journaliste), et un chouette article à découvrir ici!

Puis au tour de L’Obs, qui a un peu tout mélangé entre le Bureau des guides et Hôtel du Nord… Mais on s’en moque un peu car l’article est généreux et nos communautés de voisinages sont c’est vrai un peu organiques vues de Paris! Pour lire…

Et enfin pour ceux et celles qui n’aurait pas vu ce bon documentaire de l’audiovisuel public, plein d’archives rares, Julie y apparait très rapidement, perchée sur le terril des boues rouges devant le ruisseau des Aygalades… Il était une fois Marseille!

LE GRAND DÉS-ARRANGEMENT: Bazar mélodique de voisinage

Balades, parcours sonores, bal, déambulations…  

2 JOURS DE BAZAR MÉLODIQUE DE VOISINAGE POUR JOUER AVEC LE DÉSORDRE!

POURQUOI TOUT CE OAÏ ?

Il y a un an nous partions sonnants et massivement à la recherche de l’Harmonie, au cours d’une balade qui nous conduira au poumon vert menacé de l’ancienne villa Miramar. Nous avions alors tenté d’explorer les accords pour s’ajuster, les polyphonies pour s’orchestrer, les grands ensembles pour se rassembler. [La Balade Harmonique 2021 en images…]

Et depuis? Depuis il parait que l’Harmonie de l’Estaque dont on pensait fêter l’an passé approximativement les 200 ans célèbre cette année ses… 120 ans…
Il parait aussi que les chants ont moins résonné dans les rues déconfinées,
que les voix frottent,
que nos espaces collectifs grincent et tanguent.

Alors pourquoi ne pas continuer nos musiques de voisinage en oubliant l’arrangeur?
Pourquoi ne pas jouer sans dessus dessous…
Dans les dedans et les dehors de chez nous…
En brouillant les pistes de la propriété privée…
En assemblant nos espaces intimes et communs…

Nous vous invitons à de nouveau prendre corps musicalement dans notre quartier le temps d’un grand dés-angement qui toujours célèbrera nos manières d’être vivants.

Samedi 25 juin

10h FRACAS D’HONNEUR
Hommage chanté à Christian Roux et Inauguration des 120 ans de l’association de l’Harmonie [ou comment accrocher 120 ans à 200 ans sans anicroche, par l’orchestration d’une loi de 1901]

12h DÉBALLAGE GUSTATIF
Déjeuner collectif [ou comment la cuisine alimente la partition]

14h SOUK HARMONIQUE
Parcours musical à l’endroit et à l’envers [ou comment “Les enfants d’Orphée” deviennent “Dehors on fait”]

17h- CHANTIER PÉDESTRE : la balade de la Gare Balade dans les noeuds des histoires urbaines et de leurs transformations [ou comment des balades de quartiers recomposent des balades de quartiers]

19h- BAROUF D’APERITIF
Apéro-repas [ou comment on hésite entre les rimes et le rythme]

21h FATRAS DANSANT
Bal d’une Harmonie éphémère [ou comment le désordre parfois nous oriente]

L’Harmonie de l’Estaque

Dimanche 26 juin

11h – VACARME PARADES
Partir ensemble des harmonies de l’Estaque et de St Henri pour partager le doux tapage d’un possible espace commun à Miramar [ou comment aller habiter en choeur et encore les grands pins de Miramar]

12h30 – BRIC A BRAC SONORE
Déjeuner partagé (chacun amène de quoi partager), ateliers de pratique, concerts, jeux sonores… [ou comment on s’entend là et maintenant]

Miramar peint par Cézanne
Le Grand dés-arrangement est une initiative collective réunissant l’Harmonie de l’Estaque, la Fanfare des Familles, la coopérative Hôtel du Nord, l’Atelier sous le platane, la Fanfare bipolaire, Vacarme Orchestra, la mobilisation Sauvons Miramar, les Amarts, le collectif Gena et plein de musicien.nes complices et de voisin.es motivé.es.

SAUVONS MIRAMAR: Carnet de bord(s) Janvier/Février

QUELQUES FRAGMENTS DE MIRAMAR – Janvier/Février 2022
[8 janvier- 14h]

Nous sommes le 8 janvier, premier samedi de « travaux collectifs ». On a encore en tête ce moment de rituel collectif que certain.es d’entre nous ont partagé à minuit le 31 décembre: on pensait faire un chant qui rejoindrait le cri des sirènes, mais bizarrement les paquebots ce soir là se sont tus, il n’y avait que nos voix.On ne sait pas trop comment ça va se passer, mais on est un petit groupe à avoir respecté l’horaire pour tenter la « sieste philosophique » proposée par Michel. Il nous lit un fragment de Tobie Nathan, psychologue pionnier de ce qu’on appelle l’ethnopsychiatrie, une manière plus collective et interculturelle de dialoguer avec nos fragilités. Le texte nous propose de réfléchir à la place que nous donnons à nos rêves et à comment nous les partageons.

[8 janvier- 15h15]

Nous sommes quelques unes à avoir plongé directement dans les échanges après la lecture. Nous discutons sur les lectures qui inspirent chacun.e en lien avec notre mobilisation (voir la liste à la fin), la relation à « nature” et la recherche de nouvelles formes d’organisation. Nous sommes rejointes par Souad, et nous constatons comme c’est à la fois rare et précieux de pouvoir s’offrir des temps où l’on peut échanger de manière apaisé sur nos lectures et aussi nos émotions. Le groupe des Baguettes magiques de la Castellane dans lequel Souad est très impliqué en témoigne particulièrement bien. On en revient ainsi aux rêves et au sens que ça peut avoir de parfois les partager.

[8 janvier- en même temps]

Agnès a un nez de sourciere. Elle flaire l’eau debout, couchée, la tête à l’envers, le cerveau à l’endroit.Et ça marche. Entre quête du tuyau et observation du ruisseau, la piste de l’eau peu à peu s’éclaircit.

[8 janvier- peu après]

Juliette et Anne-Marie nous ont rejoint. Juliette enseigne à l’école de l’Estaque Gare, Anne-Marie porte avec elle l’expérience de divers collectifs et elle trouve immédiatement sa place dans cette conversation… Juliette découvrait le lieu et voyait la possibilité de le partager avec ses élèves. Alors que cette école est depuis longtemps très ouverte sur l’extérieur, les deux ans de consignes sanitaires commencent à peser. On se dit que des endroits de grande proximité comme Miramar prennent vraiment tout leur sens dans leurs usages pédagogiques. Marine explique alors son projet d’ateliers en direction des enfants et ses idées pour amener les habitants du quartier à venir découvrir. On commence à imaginer comment faire ça ensemble, comment croiser les contraintes et les désirs, se relier avec aussi les enfants.


[[8 janvier- en même temps]

La bande des chercheurs d’eau s’organise, plusieurs hypothèses subsistent sur sa provenance mais elle est bien là.

[15 janvier- après midi]

Première marche de la Castellane à Miramar, motivée par Souad et Fadila qui veulent montrer le lieu aux autres femmes de la Baguette Magique.On constate à la fois la proximité et le mauvais état de la voirie. On se dit que le cheminement pourrait être un projet commun, à la fois concret et poétique car il pourrait aussi permettre d’inventer des formes de signalétiques atypiques. A suivre…

[21 janvier – 17h]

La coordination planche sur l’organisation de la saison #2. Comment ne pas faire une usine à gaz, laissez place à l’improvisation et aux implications spontanées tout en fabriquant peu à peu une culture collective, des manières de décider en commun, quand c’est bien le lieu comme « commun” qui est en jeu.On cause, on cause, et Mathilde dessine.

[24 janvier – soirée]

Bien qu’il soit déjà réalisé depuis quelques semaines, c’est ce soir que se décident plusieurs d’entre nous à écouter le documentaire de Coline réalisé à partir de la rencontre de bilan du 20 novembre avec aussi les élu.es. Et on le trouve vraiment très bien…!http://www.radiogrenouille.com/actualites-2/sujets/a-lhorizon/


[31 janvier – Soirée]

Il souffle un vent violent. Un container de chez TCSI s’effondre sur le chemin de Bizet, manquant de peu d’écraser une voiture.La vie à Miramar est décidément trépidante…

[4 février – 18h]

La coordo coordonne. On est de plus en plus nombreux, c’est bien. On est maintenant d’accord sur la ré-organisation: des outils d’information et pas que sur internet (vive les panneaux avec des infos stables et d’autres en mouvement), des temps collectifs bien repérés (les premiers samedis du mois, les fêtes de saison, la réunion de coordination), des groupes autonomes (et des initiatives individuelles), et une charte pour faire socle commun pour tout le monde.

[5 février- 14h30]

Premier samedi du mois, ça y est l’habitude est prise pour les travaux collectifs. Les enfants ont deviné notre envie de partager avec eux, Melina, Kais, les deux Ambrine et Kilian nous devancent et lancent par eux.elles mêmes la chasse aux tuiles. L’enquête portera ses fruits, 5 tuileries repérées grâce aux estampilles et 4 quartiers ainsi cartographiés en observant bien les tessons. Grâce à Charlie qui avoue son passé d’archéologue, on passe des tessons à l’archéologie expérimentale avec le projet de redessiner le château disparu. Et en attendant le petit club d’archéologues en herbe dégage une colonne dont on se plait à imaginer qu’elle pourrait témoigner de Jules Cantini…

[5 février- Pendant ce temps]

Les chercheurs d’eau ont repris les pelles et les pioches mais cette fois aussi les tuyaux. A la fin de la journée ils auront trouvé comment remplir une « citerne » par gravitation. Grande joie!

[5 février- Encore à ce moment là]

Le groupe qui planche sur les activités commence à y voir clair : des ateliers de voisinage et en direction des enfants en priorité, la poursuite des enquêtes qui peuvent notamment nourrir les balades, avec une urgence partagée de se constituer une vraie connaissance du Grand Port Maritime, l’envie de l’argile et du four qui peut occasionner d’aller rencontrer les voisins de Foresta et les savoir-faire de la terre qui existent dans nos quartiers. On se lit aussi le texte de Fadila qu’elle vient de finir pour la prochaine Baguette magique.

[12 février- 10h]

On est à la Castellane pour accueillir avec nos amies de 3.2.1 et Monkim les enfants et les parents qui viennent partager un Voyage à Miramar. Sur le chemin on expérimente des signalétiques et on se raconte les histoires du quartier. Nous serons une soixantaine à cheminer jusqu’à Miramar. On chante, on fait des cabanes, on regarde un extrait du spectacle de Chloé et Ana, de nouveau la chasse aux tuiles et les instruments en canne. Quelle belle journée.

[14 février-12h]

Marie propose une séance de chant méditatif à Miramar, pour Miramar, dans le cadre de la « Journée mondiale de guérison par le son ». Ce jour là des milliers de personnes ont créé des sons de guérison sur la planète. Encore une manière de se relier à des échelles bien plus vastes…

Pour écrire la suite ensemble, RDV samedi 5 mars…

Liste de livres qui ont inspiré notre échange du 8 janvier:

–                Manières d’être vivant : Enquêtes sur la vie à travers nous, de Baptiste Morizot (2020)

–                Nous ne sommes pas seuls : Politique des soulèvements terrestres, de Lena Balaud et Antoine Chopot (2021)

–                Par-delà Nature et Culture, de Philippe Descola (2005)

–                La Nouvelle Interprétation des rêves et Ethno-roman, de Tobie Nathan (2011 et 2012)

–                Erasme : Grandeur et décadence d’une idée, de Stefan Zweig (1935)

–                Ce que les peuples racines ont à nous dire : De la santé des hommes et de la santé du monde, de Frederika Van Ingen (2020)

–                Adaptation radicale : Effondrement : comprendre, ressentir, agir, de Jem Bendell (2020)

–                L’entraide : l’autre loi de la jungle, de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle (2017)

–                Une autre fin du monde est possible : Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre) de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle (2018)

–                L’espérance en mouvement : Comment faire face au triste état du monde sans devenir fous, de Joanna Macy et Chris Johnstone (2018)

–  Les journaux de la Baguette Magique, par les femmes de la Castellane, 2015/2022