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Gilbert Latour et Prosper Wanner : le patrimoine législatif du savon de Marseille

Publié par le 13 avril 2013

Savon réalisé par la Savonnerie du Midi en 2009 à l’occasion de l’adhésion au principes de la Convention de Faro de la Mairie de Marseille 15/16

En 2007, la Savonnerie du Midi, située dans le vallon des Carmes aux Aygalades, après avoir souffert d’un acte de vandalisme, est dans une situation critique. Gilbert Latour, PDG de Chimitex et actuel sociétaire de la coopérative Hôtel du Nord décide néanmoins de poursuivre l’activité de la savonnerie.

Il partage son intérêt pour le savon de Marseille en organisant de nombreuses manifestations : Il ouvre la savonnerie au public chaque année lors des journées européennes du patrimoine et via le projet de la route du savon de Marseille à Marseille ; il accueille les jeunes accompagnés par l’ADDAP13 dans le cadre des ateliers de révélation urbaine ainsi qu’une artiste en résidence ; il participe activement à la commission patrimoine Marseille 15/16 ;  il soutient un travail réalisé sur un musée du savon à la savonnerie par les étudiants de l’école d’architecture de Paris la Villette sous la conduite de Véronique Bigo.

Gilbert Latour fait alors le pari de redonner au savon de Marseille ses lettres de noblesse issues de l’édit de Colbert en 1688 et d’un décret de Napoléon Ier en 1812. Ce dernier donne une marque spécifique au savon de Marseille fabriqué à Marseille : le pentagone où est inscrit «huile d’olive, le nom du fabricant et celui de la ville de Marseille ». Le procédé de fabrication et l’origine ne sont pas pour autant protégés et l’utilisation des graisses animales, des parfums ou des colorants est malheureusement aujourd’hui monnaie courante. Gilbert Latour décide de remettre le pentagone à l’ordre du jour sur ses savons fabriqués à Marseille à base d’huile d’olive.

Il interpelle les élus locaux.  Valérie Boyer, députée des Bouches-du-Rhône, interroge en 2011 le Ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie pour « savoir si l’édit de Colbert du 5 octobre 1688 et le décret de Napoléon du 22 décembre 1812 font partie de notre droit positif.« . La réponse ministérielle confirme  que « le décret du 22 décembre 1812 que vous citez semble toujours en vigueur, bien que les amendes n’aient pas été actualisées. » mais que « à ce jour, le savon de Marseille n’est protégé par aucun des dispositifs protégeant une appellation d’origine ou d’indication géographique.« (Voir la question et la  réponse).

Alors que l’article 3 de l’édit de Colbert du 5 octobre 1688 définit les conditions de fabrication du savon en Provence sans aucune graisse animale, que le décret de Napoléon Ier du 22 décembre 1812 précise que la ville de Marseille possède une marque pour ses savons à l’huile d’olive constituée par un pentagone et que deux arrêts de la cour d’appel d’Aix-en-Provence – celui du 28 décembre 1927, confirmé par la Cour de cassation le 24 octobre 1928, et celui du 12 novembre 1928 – disposent que la dénomination savon de Marseille est connue du public, usitée dans le commerce et s’applique à un produit bien déterminé à base d’huiles végétales[1], certaines industries de savon et de détergent utilisent la dénomination « savon de Marseille » sur des savons à base de graisses animales avec des parfums et des colorants. Ainsi les fabricants du savon de Marseille traditionnel réalisé avec 72 % d’huiles végétales et sans aucune graisse animale, ni parfum, ni colorant, sont confrontés à une concurrence déloyale de la part des industries du savon et du détergent.

Cette situation constitue également une tromperie à l’égard des consommateurs. En effet, seule la recette traditionnelle du savon de Marseille lui confère ses vertus hypoallergéniques et écologiques (biodégradable en moins de vingt-huit jours – méthode OCDE) en raison de l’utilisation d’huiles végétales et de l’absence d’additifs, de parfums et de colorants.

Quatre savonneries  témoignent encore des quatre-vingt-dix fabriques, installées près des cours d’eau, soit plus de quatre cents chaudières, qui produiront cent quatre-vingt mille tonnes au début du XXe siècle. Des centaines d’ouvriers, les « fatiguons », ont alimenté d’immenses chaudrons où cuisaient les pâtes composées de soude et d’huiles.

En 2011, avec ces trois autres savonniers des Bouches-du-Rhône, il fonde l’Union des Professionnels du Savon de Marseille (UPS) pour défendre, promouvoir et faire connaître le véritable savon de Marseille(voir le site). Le savon de Marseille est  au coeur d’une proposition de Loi du 6 février 2013 visant à créer un dispositif d’enregistrement des indications géographiques pour les produits industriels dont les caractéristiques seront strictement définies par décrets pris après une enquête publique et consultation des organisations ou groupements professionnels directement intéressés.

igp-ressource-ppaleMarie-Arlette Carlotti, ministre déléguée aux handicapés et à la lutte contre l’exclusion, en visite à la Savonnerie du fer à cheval en février 2013, a annoncé à l’UPS qu’elle allait appuyer la demande d’ajouter le savon de Marseille à la liste des Indications Géographiques Protégées (IGP), proposition déjà faite par la députée des Bouches-du-Rhône Valérie Boyer en février 2013 (voir la proposition de Loi).

L’indication géographique protégée (IGP) est un signe officiel européen d’origine et de qualité qui permet de défendre les noms géographiques et offre une possibilité de déterminer l’origine d’un produit alimentaire quand il tire une partie de sa spécificité de cette origine.

Le 12 juin 2013, les députés ont voté en commission une extension des indications géographiques protégées aux produits manufacturés, et non plus seulement aux produits alimentaires, dans le cadre du projet de loi sur la consommation présenté par le ministre délégué à la Consommation, Benoît Hamon. Le projet de Loi confie à l’INPI (Institut national de la propriété intellectuelle) le soin de gérer les dossiers d’indications géographiques protégées.

A suivre… en découvrant notamment les balades de la route du savon de Marseille.

Gilbert Latour et Prosper Wanner, avril 2013, misa à jour juillet 2013

 


[1] Le savon doit être fabriqué avec un mélange d’huiles végétales contenant, après la fabrication, approximativement 62 % à 64 % d’acide gras et de résine, 8 % à 8,5 % d’alcalis combinés, 1,35 % d’alcali libre – soude –, du chlorure de sodium et de la glycérine, 28 % à 29 % d’eau.

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