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Trame des oppida épisode # 2.

Publié par le 15 janvier 2012

Ce récit de la nouvelle exploration à partir de Verduron, pour prolonger la « trame des oppida » fait suite au premier Récit du parcours d’une jeune communauté patrimonial à Verduron.

De L’oppidum de Verduron à l’Oppidum des Mayans- Lundi 9 janvier 2011. Départ à 11h, arrivée à 15h30 avec un pic nic inclus.

Objectif:relier à partir de l’oppidum de Verduron cette fois l’oppidum des Mayans (la dernière fois nous avions rejoins celui de La Cloche qui se trouve sur la commune des Pennes Mirabeaux), situé lui aussi dans le 15ème arrondissement dans les piémonts du Massif de l’étoile.
Résumé de l’épisode Oppida #1:
Juste pour ceux qui ont raté l’épisode précédent…
La découverte de l’oppidum de Verduron et du fonctionnement de ces villages gaulois fortifiés, qui s’agencent en « réseau » sur le territoire métropolitain, nous a amené à vouloir relier Verduron à d’autres sites. L’idée était de suivre ce « réseau » et en y superposant les autres « circuits » (au sens réseaux) que l’homme a pu dessiner au fil des époques entre ces territoires.
Nous avons ainsi suivi en même temps:
– le circuit des avions (les balises aériennes qui permettent de s’orienter sur Marignane),
-la ligne de train PLM (donc les puits du tunnel jalonne notre parcous vers La Cloche),
-le circuit du gaz (dont on trouve les bornes au fil de la colline)…
Nous avons également ricoché de villages fortifiés très anciens (les oppida se situent entre le VI ème siècle avant JC jusqu’au II ème après) en villages fortifiés plus contemporains (la nouvelle résidence Grand Baie au dessus de l’Estaque, le Domaine de Rhodes plus loin vers les Pennes, la déchetterie des Pennes Mirabeaux).
Résumé de l’épisode Oppida #2: 
Pour ce 2ème opus, nous avons suivi un nouveau   »circuit » sur lequel l’un d’entre nous, François, a par ailleurs commencé a travaillé là aussi à partir de l’Oppidum de Verduron: le circuit de l’eau.
Du Canalet de Verduron, nous avons rejoint le canal de Marseille, qui nous conduira quasiment jusqu’à l’Oppidum des Mayans.
L’autre trame de cette balade, notamment du fait qu’elle a été préparée et guidée par Louis et Agnès (dont je rappelle leur activités apicoles), a été la présence végétale, les indications et les histoires que pouvaient nous révéler et nous conter les plantes présentes.
Nos deux trames se sont rejointes aux Vallons des Mayans, connu encore à ce jour pour sa source abondante et qui possède du coup des plantes assez improbables dans le coin (la Prêle notamment). C’est dans ce Vallon que les ruches d’Agnès et Louis sont installées, produisant un miel des Mayans qui constitue une sorte de « cartographie gustative » de nos quartiers, les abeilles butinant sur un périmètre de 5km autour de la ruche.
Sur le chemin nous avons bien sur rencontré beaucoup d’autres sujets: l’histoire des mouvements ouvriers chrétiens à Marseille et leur engagement sur les questions d’habitat, la place de la fiction pour documenter le réel, et les celtes bien sur…
Un peu plus de détails en images, avec les photos de notre reporter attitré Dominique et la contribution spéciale de Julie A.
Un Point de départ que nous connaissons maintenant par coeur.
Sur la photo suivante vous apercevez le canalet à droite.
Les plantes que l’on trouve à l’oppidum de Verduron nous ont questionné sur la présence de l’eau. Si Verduron tient son nom de justement sa « verdure », les plantes de cette partie de colline attestent d’une certaine aridité aujourd’hui.
Au « Verduron » nous avons donc une végétation classique de Garrigue dégradée : chêne Kermès, ajonc (Argelas ou Argeras en marseillais) déja en fleur jaune, thym, romarin un peu plus loin, déja en fleur aussi, iris sauvages qui commencaient à sortir, valériane, ….
Plus loin sur l’oppidum nous avons trouvé des cistes cotonneux, filaire, coronille.
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Voici au loin notre point d’arrivée, sur le petit mont à gauche de la décharge de Septêmes.
Le Moulin du Diable nous revient avec de nouvelles versions quant à son nom: Légende sur un meunier qui aurait vendu son âme au diable, fable atmosphérique basée sur le fait qu’à cet endroit les ailes des Moulins tournaient même quand il n’y avait pas de vent, refuge de bandits… Il y fort à parier que bientôt d’autres interprétations s’ajouteront au recueil.
Nous descendons Verduron par la traverse collet, qui est le chemin que tous empruntaient avant pour relier Saint Antoine. Nous n’y croisons plus grand monde, sauf un train, de la ligne Marseille-Aix, qui rencontre là un très bel ouvrage de tunnel.
Agnès nous raconte la saga des maisons jumelles, en fait triplettes, construites à Saint Antoine pour la même famille. Le propriétaire actuel, architecte, a fait des recherches sur l’histoire de ces bâtisses et nous espérons pouvoir le faire témoigner sur l’une de notre futures balades publiques. 
Nous rejoignons alors l’ »Octroi », entrée de Marseille où l’on s’acquittait d’une taxe sur les marchandises, pour rejoindre le canal et ses constructions en déserrances.
Rappelons que le canal de Marseille a été une sorte d’exploit d’ingénieurs et d’ouvriers qui a permit au milieu du 19ème siècle d’amener l’eau de la Durance à Marseille, qui en manquaient cruellement. Ne pas le confondre avec le canal du Verdon devenu canal de Provence, beaucoup plus tardif (fin des années 60 pour sa version canal de Provence).
Saint Antoine est le lieu où se subdivise le canal (une branche part vers l’Estaque et notre canelet, une autre poursuit en piémont, notre futur parcours, avant de se diviser à nouveau au Four de Buze, dans les hauteurs du 14ème arrondissement).
Le Canal de Marseille a d’abord été géré par la ville, mais suite à sa mise sous tutelle, la gestion de l’eau passe en 1941 sous la responsabilité d’abord de la SEEM-société d’études des eaux de Marseille- (qui exploite mais la ville reste propriétaire, c’est un contrat de régie) puis de la SEM.
La SEM est née, à la demande du Maire de Marseille, de l’association des principaux opérateurs de l’eau en France, la Compagnie générale des Eaux (auj Véolia) et la Lyonnaise des eaux (auj Suez). D’abord en régie, la gestion est passée en concession (donc totalement privée) en 1960.
Aujourd’hui existe un débat au sein de MPM pour repasser ce service, devenu privé depuis plus de 60 ans, en régie publique. Le contrat arrive à échéance en 2013…
Pour ceux qui voudraient approfondir:
http://www.marsactu.fr/2011/01/13/gestion-de-leau-a-marseille-une-equation-a-multiples-inconnues/
http://archimede.bibl.ulaval.ca/archimede/fichiers/25440/ch05.html
Quoi qu’il en soit, les petites maisons des employés du canal ne semblent pas être aujourd’hui un enjeu pour nos champions de l’eau à la française!
Pour ceux qui ne le sauraient pas, les 14, 15, 16 et 17 mars prochains se tiendront à Marseille un Forum Mondial de l’eau (version Véolia) et un Forum Alternatif Mondial de l’Eau…
Hôtel du Nord y proposera une balade autour du ruisseau des Aygalades, vous y êtes les bienvenus (ce sera une session « école des hôtes »).
http://www.fame2012.org/fr/
Nous suivons ensuite le canal recouvert et transformé en « coulée verte ».
Nous longeons ensuite les Castors EDF de la Martine, puis entrons dans le quartier de Palanque.
Ces deux « figures d’habitat » nous permettent un petit échange sur l’histoire de l’autoconstruction et des mouvements sociaux liés à l’habitat à Marseille.
Les Castors sont un mouvement d’autoconstruction coopérative, né après la Seconde guerre mondiale et actif surtout entre 1950 et 1960. Le principe est l’achat à prix modeste du terrain, la construction collective, le tirage au sort des maisons une fois baties et la mutualisation d’espaces et fonction collectives.
On y retrouve la forte dynamique des organisations confessionnelles issues de la résistance (chrétiennes mais aussi protestantes). Les prêtres ouvriers, les organisations comme la JOC ou la CFTC ont été très importantes dans ces mouvements.
L’Eglise Saint Louis a été un endroit qui a cristalisé cette histoire. On vous recommande à ce sujet le livre écrit par Lucienne Brun, sociétaire Hôtel du nord, sur l’église Saint Louis et cette histoire des mouvements ouvriers chrétiens.
De là on échange sur d’autres expériences de construction collective d’habitats avec plus généralement l’histoire des lotissements.
Ainsi, le quartier Montdor qui va suivre, était en fait à la base un lotissement agricole acheté collectivement dans les années 30, baptisé alors Bellvue et autoconstruit par ses habitants. Tous les noms de rue étaient éloquents (rue Rosa Luxembourg, rue du Front populaire etc.). Les noms ont été changés par la ville quand le lotissement a finalement cédé dans les années 50 sa voirie à la municipalité.
Ainsi donc, ces petits quartiers de maisonnettes si charmants que l’on a tendance à opposer aux lotissements modernes, les fameuses résidences fermées, sont eux aussi des lotissements!
Le lotissement Palanque a lui aussi été semble t-il une grande aventure humaine et militante, plus liée à la dynamique du PC d’après guère et notamment marquée par l’élection de Jean Cristofol à la mairie en 1947. Christine nous renvoie également au travail de Marc Quer (artiste) et Hendrick Sturm autour de la Veuve Z, sorte d’enquête sur Palanque menée à partir d’une collection de photos trouvées au Puces.
Enfin nous nous sommes rappelés que les logeurs HLM (logirem par ex) venaient eux aussi de cette histoire militante et coopérative.
Pour approfondir: http://www.habiter-autrement.org/14.juridique/contributions-14/Cooperative-habitation-en-France.pdf
Quelques images de Palanque
Puis du Montdor
Mais voilà que la colline nous rejoint, où inversement, et que nous abordons l’ascension finale vers l’oppidum des Mayans.
Quelques grottes plus loin…
En bas le vallon des Mayans
D’un côté la déchetterie de Septêmes, de l’autre la Solidarité et la nouvelle résidentialisation des collines, au loin la mer…
Nous découvrons l’oppidum, ses remparts et ses tours (rien de tel à Verduron) avant de redescendre dans le vallon, direction chez Agnès et Louis qui y habitent.
Juste en dessous, les « maisons cassés », trace d’une opération immobilière qui a mal tourné, avec un promoteur parti avec la caisse… Elles nous amènent à évoquer l’importance de la fiction pour aborder le réel et comment le travail scientifique, peu important dans ces quartiers, à par contre laissé la place aux travaux des artistes… et des habitants…
On conseille à ce titre la lecture d’un petit polar écrit à l’issue d’un atelier d’écriture: La Cité du Fada, de Ridha Aati et Nordine Zoghdani qui se passe justement à la Solidarité et … dans les maisons cassées.
Et toujours le Récit d’Hospitalité-Hôtel du Nord n°2 La Ville Perchée, écrit par Christine et Zorha.
Une fois dans le Vallon, nous rencontrons Jean Marie, qui promène comme toujours (un homme de la colline…) sa chèvre et son chien. Il nous rappelle l’activité des fours à chaux dans ce vallon, encore visibles au fil du chemin.
 
Côté botanique, Louis et Agnès nous montrent comment la forte présence de sources a occasionné un écosystème original avec une végétation plus diversifiée qu’à Verduron : lierre, ronces, aubépines, orties, peuplier tremble, noyer et surtout présence de prêle une plante typique des lieux humides.
Nous finissons la balade chez Agnès et Louis, qui nous présentent leurs rûches et leurs produits (miel, nougat, pains d’épices, pâtes à la propolis…).
A noter que le GR 2013 passera à quelques mètres de là, au vallon des Peyrards, et qu’il y a fort à parier que certains marcheurs avisés iront passer leur nuit dans la jolie maison de nos amis apiculteurs…
Prochain RDV demain avec les habitants de Verduron, 14h au bout du Boulevard de Bellevue.

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